Christianisme vivant : Les Dix Commandements (Le contrôle des naissances)

mars 22, 2024

par Peter Amsterdam

[The Ten Commandments (Birth Control)]

Peter Amsterdam

Nous continuons notre étude du septième commandement—« Tu ne commettras pas d’adultère »— en abordant le sujet du contrôle des naissances dans le cadre de l’éthique chrétienne du mariage et de la sexualité.

Dans la Bible, le fait d’avoir des enfants est considéré comme une bénédiction de Dieu. Le tout premier commandement qu’Il donna à Adam et Eve était « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre, rendez-vous en maîtres, et dominez les poissons des mers, les oiseaux du ciel et tous les reptiles et les insectes. »[1] À la fois dans l’Ancien et le Nouveau Testaments, la Bible affirme une vision positive des enfants et leur importance.

Des fils : voilà bien l’héritage que donne l’Éternel, oui, des enfants sont une récompense. Ils sont pareils aux flèches dans la main d’un archer, les fils de la jeunesse. Heureux est l’homme dont le carquois en est rempli ! Il ne connaîtra pas la honte quand il plaidera contre l’ennemi aux portes de la ville.[2]

Dans ton foyer, ta femme sera comme une vigne chargée de nombreux fruits et, autour de ta table, tes fils ressembleront à des plants d’olivier. Ainsi sera béni tout homme qui révère l’Éternel.[3]

Le Seigneur n’a-t-il pas fait de vous un seul être avec elle, par le corps et l’esprit ? Et que souhaite ce seul être ? N’est-ce pas d’avoir des enfants accordés par Dieu ? Prenez donc garde à vous-mêmes, ne trahissez pas la femme épousée dans votre jeunesse.[4]

Peu après, des gens lui amenèrent des petits enfants pour qu’il leur impose les mains et prie pour eux. Les disciples leur firent des reproches. Mais Jésus leur dit :—Laissez donc ces petits enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent.”[5]

Puis il prit un petit enfant par la main, le plaça au milieu d’eux et, après l’avoir serré dans ses bras, il leur dit :—Si quelqu’un accueille, en mon nom, un enfant comme celui-ci, il m’accueille moi-même. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi seulement qu’il accueille, mais aussi celui qui m’a envoyé.”[6]

L’Église catholique romaine et les Églises protestantes s’accordent à dire que les enfants sont une bénédiction de Dieu. Toutefois, elles ne partagent pas le même point de vue en ce qui concerne le contrôle des naissances. Pour l’Église catholique, toutes les formes de contrôle des naissances sont moralement répréhensibles, à l’exception de l’abstinence périodique de rapports sexuels durant la période de fertilité mensuelle de la femme, appelée « méthode des rythmes ». L’Église catholique considère que c’est une forme « naturelle » de contrôle des naissances, par opposition aux formes « artificielles ».

Il semble que le point de vue général des protestants ait été similaire au point de vue catholique jusque dans les années 1930, lorsque l’Église anglicane décida que certaines formes de contraception étaient acceptables. Depuis lors, la plupart des églises protestantes ont accepté le recours à la contraception, bien que certaines formes de contraception ne soient pas considérées comme morales, comme je l’expliquerai plus loin. Aujourd’hui, la plupart des protestants évangéliques estiment que le recours à la contraception est une décision que chaque couple est libre de prendre et qu’il leur appartient de décider du nombre d’enfants qu’ils auront. Comme la Bible enseigne que les enfants sont une bénédiction, généralement, les protestants comprennent qu’ils doivent envisager d’avoir des enfants à un moment donné au cours de leur mariage, et ils considèrent qu’il est moralement légitime de limiter le nombre de naissances et de les espacer, s’ils le souhaitent.

L’Église catholique romaine et certains chrétiens protestants qui sont opposés à la contraception évoquent souvent l’histoire d’Onân, dans le livre de la Genèse, comme précédent pour justifier leur conviction que le contrôle des naissances est un péché. Dans le chapitre 38 de la Genèse, nous lisons que Er, le frère aîné d’Onân, fut tué par Dieu avant d’avoir eu des enfants. Dans la culture de l’époque, lorsqu’un homme mourait sans laisser de descendance, son plus proche parent mâle était tenu d’épouser la veuve du défunt dans le but de lui faire un enfant. L’enfant né d’une telle union était considéré comme le descendant du frère décédé, et il pourrait par la suite s’occuper de sa mère, perpétuer le nom de son père et recevoir la double part d’héritage de son père. Ce type de mariage s’appelle le mariage lévirat, du latin levir qui signifie « frère du mari ».

Après la mort de Er, « Juda dit à Onân :—Tu connais ton devoir de proche parent du défunt : épouse ta belle-sœur pour donner une descendance à ton frère. Onân savait que les enfants qui naîtraient ne seraient pas pour lui. Chaque fois qu’il avait des rapports avec sa belle-sœur, il laissait tomber sa semence à terre pour éviter de donner une descendance à son frère. Son comportement déplut à l’Éternel qui le fit aussi mourir. »[7]

Les catholiques romains estiment qu’Onân est mort parce qu’il a eu recours à la méthode du coït interrompu ou retrait comme moyen de contraception. Ils considèrent que l’acte contraceptif était immoral et constituait un péché, et que c’est pour cette raison qu’Onân a été puni de mort. Ils considèrent que ce passage prouve que la contraception est un péché grave et qu’elle est donc interdite.

Une autre interprétation est qu’Onân n’a pas été puni pour avoir gaspillé son sperme sur le sol, mais parce qu’il a refusé de s’acquitter de sa responsabilité de lévirat en agissant de la sorte. Il ne s’agissait pas d’un acte isolé, puisque le passage précise que chaque fois qu’il couchait avec Tamar, la femme de son frère, il éjaculait sur le sol. Onân faisait passer ses intérêts personnels avant ceux de Tamar et de son enfant potentiel. Si un homme mourait sans avoir eu de fils, son héritage passait à sa fille ; et s’il n’avait pas de fille, l’héritage passait à ses frères. Onân ne voulait peut-être pas que Tamar ait un enfant pour qu’il puisse lui-même recevoir l’héritage de son frère décédé. Auquel cas, Onân n’a pas été puni parce qu’il a eu recours à la contraception, mais parce qu’il était égoïste et fourbe. Dieu était très mécontent de ses actes et de son attitude, et c’est pour cette raison qu’Il a fait mourir Onân.

Les moyens de contraception modernes donnent la possibilité aux parents de choisir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent avoir et le moment où ils les ont. Un couple de jeunes mariés, par exemple, n’est peut-être pas en mesure financièrement de fonder une famille dans l’immédiat, et ils peuvent choisir d’attendre d’être dans une situation plus propice pour élever des enfants. Un couple avec plusieurs jeunes enfants peut ne pas se sentir capable d’avoir un autre enfant à ce moment-là et peut donc choisir d’attendre de pouvoir assumer cette responsabilité supplémentaire. Un livre d’éthique chrétienne souligne que :

Chaque membre d’une famille a des besoins financiers, physiques, émotionnels et spirituels. Les parents doivent savoir si ces besoins sont satisfaits et si la venue d’un nouvel enfant dans le foyer rendrait difficile, voire impossible, de répondre aux besoins de tous les membres de la famille.[8]

La contraception peut être utile pour espacer les naissances. Avoir trop d’enfants à des intervalles trop rapprochés peut entraîner des tensions inutiles pour la mère et pour la famille en général. Bien que la Bible ait une vision positive de la maternité, elle ne commande pas d’avoir le plus d’enfants possible. Lorsque les parents ont tous les enfants dont ils peuvent raisonnablement s’occuper, il ne leur est pas interdit d’éviter d’avoir d’autres grossesses en ayant recours à des moyens de contraception.

Si la contraception est généralement moralement acceptable pour les protestants, cela ne signifie pas que toutes les méthodes de contrôle des naissances sont acceptables d’un point de vue moral. Celles qui sont considérées comme moralement acceptables sont celles qui ne détruisent aucune nouvelle vie humaine. Par exemple, les méthodes qui empêchent les spermatozoïdes de l’homme de féconder l’ovule de la femme sans détruire une vie humaine. C’est le cas, notamment, du préservatif, du diaphragme, de l’éponge, des spermicides et de la plupart des pilules contraceptives (mais pas toutes). Cela comprend également la « méthode du rythme », qui a été remplacée par les méthodes de planification familiale naturelle (PFN). Si un couple décide de ne plus avoir d’enfants durant leur vie, les protestants considèrent qu’il est moralement acceptable que l’homme subisse une vasectomie ou que la femme subisse une ligature des trompes.

La raison pour laquelle ces méthodes de contraception sont considérées comme moralement acceptables est qu’elles empêchent les spermatozoïdes d’atteindre l’ovule et empêchent donc la grossesse. Il existe d’autres méthodes de contrôle des naissances qui fonctionnent différemment : elles laissent l’ovule de la femme être fécondé par le sperme de l’homme, mais empêchent ensuite l’embryon de s’implanter dans l’utérus de la mère. Une fois que le sperme de l’homme a fécondé l’ovule de la femme, une nouvelle vie dotée de son propre ADN commence à se former, ce qui signifie que les méthodes de contrôle des naissances qui provoquent la mort de l’embryon (méthodes que l’on qualifie d’abortives) ne seraient pas considérées comme éthiques. C’est le cas de la pilule du lendemain et du stérilet, qu’on appelle aussi dispositif intra-utérin. (DIU)

Les enfants sont une bénédiction et ceux qui ont des enfants ont reçu un merveilleux cadeau de Dieu. Les parents ont la responsabilité de bien s’occuper de leurs enfants. Dans un souci de s’acquitter correctement de leur responsabilités parentales, certains couples peuvent décider de limiter le nombre d’enfants qu’ils ont et le moment où ils ont leurs enfants. La contraception est un moyen à leur disposition et, lorsqu’elle est utilisée dans un esprit de prière, elle peut aider les parents à espacer les naissances de leurs enfants et à limiter le nombre d’enfants qu’ils auront, ce qui leur permet de s’occuper correctement des vies que Dieu leur a déjà confiées.


Note :

Sauf indication contraire, tous les passages bibliques cités sont extraits de la Bible du Semeur, copyright © 1992, 1999 by Biblica, Inc.® L’autre version citée est la Bible en Français Courant (BFC). Avec permission.



[1] Genèse 1.28.

[2] Psaume 127.3–5.

[3] Psaume 128.3–4.

[4] Malachie 2.15 BFC.

[5] Matthieu 19.13–14.

[6] Marc 9.36–37.

[7] Genèse 38.8–10.

[8] John F. Feinberg, Paul D. Feinberg, Ethics for a Brave New World [Ethique pour un meilleur des mondes](Wheaton: Crossway Publishers, 2010), 305–306.