Christianisme vivant : les Dix Commandements (La protection de la vie humaine, 5e partie)

mars 24, 2025

par Peter Amsterdam

[The Ten Commandments (Safeguarding Human life, Part 5)—Abortion]

L’avortement

(Les points de cet article sont tirés de Christian Ethics [Éthique chrétienne], de Wayne Grudem[1])

De tous les sujets de cette série consacrée à la préservation de la vie humaine, l’avortement est sans doute le plus difficile à traiter. C’est un sujet qui suscite la controverse et déclenche de vives passions des deux côtés du débat. Comme le sujet principal de cet article est la vision biblique de l’avortement, je ne traiterai pas des arguments en faveur de l’avortement. Certaines personnes qui liront cet article ont peut-être déjà eu recours à l’avortement et je vais peut-être les offenser ou les blesser en présentant le point de vue biblique qui ne correspond pas au choix qu’elles ont fait, mais ce n’est nullement mon intention. Le but de cet article est de présenter de façon claire la position générale du christianisme sur l’avortement.

Une des différences majeures entre les opposants à l’avortement et ceux qui le jugent moralement acceptable est la question de savoir à quel moment un fœtus devient un être humain à part entière. De nombreux versets de la Bible indiquent qu’un fœtus devrait être considéré comme une personne individuelle dès sa conception.

Alors qu’Élisabeth, la mère de Jean-Baptiste, était dans son sixième mois de grossesse, Marie, qui allait devenir la mère de Jésus, lui rendit visite. Nous lisons ceci :

Au moment où celle-ci entendit la salutation de Marie, elle sentit son enfant remuer en elle. Elle fut remplie du Saint-Esprit et s’écria d’une voix forte : —Tu es bénie plus que toutes les femmes et l’enfant que tu portes est béni. Comment ai-je mérité l’honneur que la mère de mon Seigneur vienne me voir ? Car, vois-tu, au moment même où je t’ai entendue me saluer, mon enfant a bondi de joie au dedans de moi (Luc 1.41–44).

Sous l’inspiration du Saint-Esprit, Élisabeth appelle le bébé dont elle est enceinte de six mois « mon enfant ». Le mot grec traduit par enfant est brephos, le même mot traduit par nouveau-né en Luc 2.16:

Ils se dépêchèrent donc d’y aller et trouvèrent Marie et Joseph avec le nouveau-né couché dans une mangeoire (Luc 2.16).

Le même mot est donc employé pour désigner l’enfant in utero et le nouveau-né.

Nous lisons également que l’enfant qu’Élisabeth porte dans son ventre « bondit de joie », ce qui lui confère une activité humaine. En entendant la voix de Marie, il éprouve une grande joie. Des études ont montré que les fœtus peuvent identifier la voix de leur mère et faire la distinction entre la musique et le bruit.[2] Ils réagissent à la voix de leur mère alors qu’ils sont encore dans son ventre, et celle-ci a un effet apaisant sur eux.[3]

Après avoir péché en commettant un adultère avec Bath-Chéba et avoir été dénoncé par le prophète Nathan (2 Samuel 12:1–7), David composa le Psaume 51, dans lequel il avoua son péché et implora le pardon de Dieu. Dans cette supplication pour obtenir le pardon de Dieu, il dit :

Je suis, depuis ma naissance, marqué du péché ; depuis qu’en ma mère j’ai été conçu, le péché est attaché à moi (Psaumes 51.7)

David mentionne le moment de sa naissance et déclare qu’il était pécheur dès qu’il est venu au monde, précisant que même avant sa naissance il avait déjà une nature pécheresse. Il se percevait clairement comme un être humain à part entière depuis le moment de sa conception.

C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tissé dans le ventre de ma mère.

David a affirmé qu’il était une personne distincte et à part entière (« m’ ») lorsqu’il était encore dans le ventre de sa mère. Lorsqu’il évoque ses reins, il emploie le mot hébreu kilyah qui, dans ce contexte, désigne la conscience d’une personne, ce qui inclut ses émotions et ses affections. David souligne que non seulement son corps a été formé dans le ventre de sa mère, mais également son être intérieur distinct (Psaumes 139.13).

Elle attend des jumeaux, et ses enfants se donnent des coups dans son ventre. Alors Rébecca se dit : « Qu’est-ce qui m’arrive ? » Elle va consulter le SEIGNEUR. Le SEIGNEUR lui dit : « Il y a deux nations dans ton ventre. Deux peuples vont naître de toi. L’un sera plus fort que l’autre, et l’aîné servira le plus jeune. »” (Genèse 25.22–23 PDV).

Ces deux fœtus de jumeaux sont considérés comme des enfants, et ils commencent déjà à se battre entre eux. Avant même de venir au monde, ils sont considérés comme deux personnes distinctes—au point que l’on évoque déjà leur avenir.

Alors que les versets précédents suggèrent que les fœtus présents dans l’utérus maternel sont considérés comme des enfants, le verset suivant évoque les sanctions sévères qui seraient appliquées si la vie ou la santé d’une femme enceinte ou de son fœtus était menacée ou mise en danger :

Exode 21.22–25. Si des hommes, en se battant, heurtent une femme enceinte et causent un accouchement prématuré, mais sans qu’il y ait d’autre conséquence grave, l’auteur de l’accident devra payer une indemnité dont le montant sera fixé par le mari de la femme et approuvé par arbitrage. Mais s’il s’ensuit un dommage, tu feras payer vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, contusion pour contusion.

Il est évident que, selon la loi de l’Ancien Testament, la mère et l’enfant à naître étaient considérés comme des individus bénéficiant de la même protection légale, et que faire du mal à une femme enceinte et à l’enfant qu’elle portait dans son ventre constituait un délit grave. Si l’un ou l’autre était blessé, la punition encourue était sévère : « vie pour vie, œil pour œil. »

Il est intéressant de noter que d’autres passages de la loi de Moïse mentionnent que, dans les cas où quelqu’un causait accidentellement la mort d’une autre personne (ce que le droit moderne qualifie d’homicide involontaire), il était possible d’éviter l’application de la clause « vie pour vie ». Celui qui avait accidentellement causé la mort d’un autre pouvait s’enfuir dans l’une des six « villes de refuge » pour échapper au « vengeur du sang », un membre de la famille de la victime qui était désigné pour venger la mort de son proche . Si le fugitif parvenait à rejoindre sain et sauf une ville de refuge, il était à l’abri du justicier vengeur jusqu’à la tenue d’un procès. Si le tribunal jugeait que l’attaquant n’avait pas l’intention de donner la mort, il resterait dans la ville de refuge et y vivrait en toute sécurité jusqu’à la mort du grand prêtre en fonction au moment du jugement. Après la mort du grand prêtre, il pouvait rentrer chez lui. Mais s’il quittait la ville de refuge avant la mort du grand prêtre, le vengeur avait le droit de le tuer.

Le fait que quelqu’un ayant tué accidentellement une femme enceinte ou un bébé in utero n’ait pas la possibilité de se réfugier dans une ville de refuge montre que la loi biblique accordait une plus grande importance à la protection de la vie d’une femme enceinte et de son enfant à naître qu’à celle de tout autre individu de la société israélite. Si la mort accidentelle d’un enfant à naître est considérée comme grave aux yeux de Dieu, on peut en déduire que le meurtre intentionnel d’un fœtus l’est encore davantage.

L’Évangile selon Luc relate la naissance de Jésus. On nous dit que l’ange Gabriel apparut à Marie pour lui annoncer qu’elle mettrait au monde un fils, et que cela se réaliserait par la puissance de l’Esprit Saint :

L’ange lui répondit : —L’Esprit Saint descendra sur toi, et la puissance du Dieu très-haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu” (Luc 1.35)

Quelque temps plus tard alors qu’elle était enceinte, Marie alla rendre visite à sa cousine Élisabeth qui, en voyant Marie, l’appela « la mère de mon Seigneur » (Luc 1.43) Cela montre que la nature divine de Dieu le Fils a fusionné avec la nature humaine de Jésus dès le moment de sa conception. Son incarnation a commencé non pas à sa naissance, mais dès sa conception.

D’aucuns soutiennent qu’un embryon est simplement une extension de la mère, arguant que procéder à un avortement ne revient pas à mettre fin à une vie humaine. L’auteur Norman Geisler présente des arguments qui suggèrent le contraire :

Dès le moment de la conception, les embryons sont de sexe différencié, un peu plus de la moitié étant des mâles, tandis que la mère est de sexe féminin. À partir d’environ quarante jours après la conception, ils possèdent leurs propres ondes cérébrales qu’ils conserveront jusqu’à la mort. Dans les premières semaines suivant la conception, ils possèdent déjà leur propre groupe sanguin, qui peut être différent de celui de la mère, et des empreintes digitales uniques, distinctes de celles de la mère. … Aucune nouvelle information génétique n’est ajoutée à un être humain après le moment de la conception. La mère contribue au développement de l’embryon après la conception, mais n’ajoute rien à sa nature humaine par la suite.[4]

Voici la séquence de développement d’un fœtus au cours des cinq premiers mois (20 semaines).

Premier mois : Tout commence (semaines 1 à 4)

  • Conception : toutes ses caractéristiques humaines sont présentes.
  • L’embryon s’implante ou se niche dans l’utérus de la mère (environ une semaine plus tard).
  • Le cœur commence à battre (à trois semaines).
  • La tête, les bras et les jambes commencent à se former.

Deuxième mois: Développement (semaines 5 à 8)

  • Ses ondes cérébrales peuvent être détectées (40 à 42 jours).
  • Son nez, ses yeux, ses oreilles et ses orteils apparaissent.
  • Son cœur bat et son sang (le sien, de son propre groupe) circule.
  • Son squelette se développe.
  • Ses empreintes digitales sont uniques et distinctes.
  • Ses lèvres réagissent au contact et il a des réflexes.
  • Tous ses systèmes physiques sont présents et fonctionnent.

Troisième mois : Mouvement (semaines 9 à 12)

  • Il avale, plisse les yeux et nage.
  • Il utilise ses mains et remue la langue.
  • Il peut sucer son pouce.
  • Il peut ressentir une douleur physique.

Quatrième mois : Croissance (semaines 13 à 16)

  • Son poids est multiplié par six (atteignant ainsi la moitié de son poids à la naissance).
  • Le fœtus se développe pour atteindre environ 13 à 19 cm de long.
  • Il peut entendre la voix de sa mère.

Cinquième mois : Viabilité (semaines 17 à 20)

  • Sa peau, ses cheveux et ses ongles se développent.
  • Il rêve (sommeil paradoxal).
  • Il peut pleurer (en présence d’air).
  • Il peut vivre en dehors du ventre maternel.
  • Il n’est qu’à mi-chemin de sa date de naissance prévue.[5]

En 2003, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont rapporté que 26 % des avortements légaux signalés aux États-Unis avaient été pratiqués avant 6 semaines de grossesse, 18% à 7 semaines, 15% à 8 semaines, 18% entre 9 et 10 semaines, 10% entre 11 et semaines, 6% entre 13 et 15 semaines, 4% entre 16 et 20 semaines, et 1% après la 21e semaine.

Les échographies de fœtus montrent des représentations fidèles des enfants dans l’utérus de la mère et permettent de visualiser leur développement tout au long des mois de gestation. Lorsqu’on examine l’échographie d’un fœtus, il est frappant de constater à quel point son apparence est semblable à celle des humains.

L’avortement peut-il être moralement défendable ? Il existe des situations où un médecin peut être contraint d’effectuer une intervention radicale entrainant le mort du fœtus afin de préserver la vie de la mère. Bien que cela soit peu fréquent, il arrive que la grossesse mette la vie de la mère en danger et, dans ces cas-là, il est moralement acceptable de tout mettre en œuvre pour sauver la vie de la mère. Par exemple, lorsque la mère est atteinte d’un cancer de l’utérus et qu’elle doit impérativement subir une ablation de l’utérus pour survivre. L’opération provoquera la mort de l’enfant mais elle est nécessaire car, sans cette intervention, la mère et l’enfant mourraient tous les deux. Dans cette situation, le principe du double effet s’applique : (1) l’intention est de réaliser un acte bénéfique, à savoir sauver la vie de la mère. Bien que la mort du bébé soit un effet néfaste que l’on ne souhaite pas, elle résulte d’un acte considéré comme moralement juste et bénéfique. (2) Il est préférable de sauver la mère plutôt que de laisser mourir les deux par inaction, même si cela a pour conséquence la mort de l’enfant.

D’un point de vue chrétien, si la grossesse représente un danger physique imminent pour la mère, cela peut constituer un motif légitime pour l’interrompre. Cela tranche avec les lois d’un certain nombre de pays qui ajoutent à la liste des motifs légitimes pour avoir recours à l’avortement des raisons comme la santé mentale ou psychologique de la mère, sa situation financière, et même les répercussions négatives de sa grossesse sur sa vie sociale.

Les Écritures enseignent que la vie humaine est un don de Dieu et que celle-ci commence dès la conception. Elles soulignent également l’importance de la vie humaine en précisant que les êtres humains sont créés à l’image de Dieu. La conception biblique de la valeur de la vie humaine associée au commandement interdisant le meurtre constitue le fondement de la vision chrétienne selon laquelle l’avortement n’est pas conforme aux Écritures bibliques et qu’il est, par conséquent, moralement inacceptable.


Note

Sauf indication contraire, tous les passages bibliques cités sont extraits de la Bible du Semeur, copyright © 1992, 1999 by Biblica, Inc.® Les autres versions citées sont La Bible Segond 21 (SG21) et Parole de Vie (PDV). Avec permission.



[1] Wayne Grudem, Christian Ethics [Ethique chrétienne] (Wheaton: Crossway, 2018).

[2] University of Florida, “University of Florida Research Adds to Evidence That Unborn Children Hear ‘Melody’ of Speech,” Science Daily, Jan. 23, 2004. [Les travaux de l’Université de Floride prouvent que les enfants à naître entendent la « mélodie » de la parole.]

[3] Janet L. Hopson, “Fetal Psychology,” [psychologie du fœtus] Psychology Today, Sept. 1, 1998.

[4] Norman L. Geisler, Christian Ethics, Contemporary Issues and Options [Éthique chrétienne, problèmes contemporains et options](Grand Rapids: Baker Academic, 2010), 137.

[5] Ibidem, 150.