Les Disciplines Spirituelles : La bonne intendance sous l’aspect de la simplicité

avril 12, 2014

par Peter Amsterdam

[The Spiritual Disciplines: Stewardship/Simplicity]

La discipline spirituelle qu’on appelle la bonne intendance consiste à utiliser convenablement les choses que Dieu nous a confiées, y compris nos possessions personnelles, nos finances, et notre temps. Si l’on veut comprendre et pratiquer la discipline de la bonne intendance et les différentes disciplines qui en font partie, il est utile de commencer par comprendre quelques principes fondamentaux : le principe de propriété, le principe de bonne intendance et la nécessité d’avoir un rapport sain et approprié aux choses matérielles.

Énoncé en termes simples, le principe fondamental de la propriété dit que Dieu est le propriétaire de tout ce que vous possédez. La Bible nous enseigne que Dieu, le Créateur de toutes choses, possède tout,  ce qui  veut dire que tout ce que chacun de nous possède est en fin de compte la propriété de Dieu. 

Nous lisons que Le Seigneur possède le monde et ses richesses, la terre et tous ses habitants;[1] en effet, toute la terre M’appartient;[2] Tout est à Moi sous l’étendue des cieux;[3] En effet, l’or et l’argent du monde entier M’appartiennent.[4]Tout ce que nous « possédons » est en fait la propriété de notre Créateur, et cela n’inclut pas uniquement nos possessions matérielles, mais également nous-mêmes. Étant donné que Dieu possède tout cela, la conception biblique de ces choses est que nous ne sommes que des intendants ou des gardiens de ce que Dieu possède et dont Il nous a confié la charge.

Donald Whitney explique fort bien ce principe:

Cela signifie que nous sommes des gérants ou, pour employer le terme biblique, des intendants des choses que Dieu nous a confiées. Lorsqu’il était esclave, Joseph était l’intendant de Potiphar, qui l’avait nommé responsable de sa maisonnée. Il ne possédait rien lui–même, puisqu’il était un esclave. Mais il administrait toutes les propriétés de Potiphar pour le compte de celui-ci. L’administration des ressources de Potiphar lui donnait le droit d’en faire usage pour subvenir à ses propres besoins mais la responsabilité principale de Joseph consistait à les gérer au mieux des intérêts de Potiphar. Et c’est exactement ce que Dieu attend de nous. Dieu veut que nous fassions usage et que nous profitions des choses qu’Il nous a données mais, en notre qualité d’intendants, nous devons garder à l’esprit qu’elles Lui appartiennent et que nous devons avant tout nous en servir pour le bien de son Royaume.[5]

Certes, Dieu possède absolument tout, mais Il veut que nous soyons heureux et que nous jouissions de tout ce qu’Il nous a donné, comme l’affirme Paul en 1 Timothée 6:17: Dieu, qui nous dispense généreusement toutes ses richesses pour que nous en jouissions.[6]En tant que gardiens des ressources de Dieu, – en  particulier des choses qui sont en notre possession, et plus généralement des ressources de la planète – nous pouvons les utiliser pour notre usage personnel et pour celui de ceux qui nous sont chers, pour bien vivre et jouir de ce qu’Il nous a confié. Toutefois, la bonne gouvernance implique que nous assurions une gestion fidèle des ressources du propriétaire, en suivant ses instructions, ou en tout cas, les principes directeurs énoncés par le propriétaire. C’est le propriétaire qui établit les paramètres et l’intendant travaille dans ce cadre.

Notre rapport aux biens matériels

La compréhension des principes de propriété et de bonne intendance nous permet d’établir un rapport approprié à l’argent, aux possessions matérielles, et à la richesse. Il est impératif d’avoir un rapport sain à ces choses si l’on veut avoir une bonne relation avec Dieu.

Je tiens à préciser que lorsque nous parlons de possessions et d’argent, dans le contexte de la discipline spirituelle de bonne intendance, il va de soi que les possessions matérielles et les finances jouent un rôle important dans notre vie quotidienne. Il est important d’avoir de quoi vivre décemment, de pouvoir subvenir aux besoins de votre famille et d’avoir de quoi satisfaire vos besoins légitimes ; cela fait partie d’un usage convenable de ce que Dieu vous a confié. En tant qu’intendants de l’argent de Dieu, nous sommes censés en faire usage  d’une manière qui soit conforme à sa nature et son caractère. Cela veut dire qu’en plus de le dépenser pour s’acheter à manger, pour se vêtir et se loger, nous pouvons aussi le dépenser pour nous reposer, pour nous relaxer et nous divertir, puisque ce sont des choses que Dieu nous a dit de faire.

L’argent et les possessions matérielles sont moralement neutres – elles ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi. Nous en avons besoin pour vivre. Les problèmes liés aux richesses ne sont pas le fait des richesses elles-mêmes, mais ils proviennent d’un mauvais rapport aux richesses. C’est lorsque nous avons une envie immodérée d’avoir de l’argent, lorsque nous aimons l’argent ou que notre principal objectif est de gagner de l’argent, et que nous lui assignons une importance et un pouvoir  qui devraient être uniquement réservés à Dieu, que de sérieux problèmes surgissent.

Comme le disait l’apôtre Paul dans sa lettre à Timothée:

Ceux qui veulent à tout prix s’enrichir s’exposent eux–mêmes à la tentation et tombent dans le piège de nombreux désirs insensés et pernicieux qui précipitent les hommes dans la ruine et la perdition. Car « l’amour de l’argent est racine de toutes sortes de maux ». Pour s’y être abandonnés, certains se sont égarés très loin de la foi, et se sont infligé beaucoup de tourments.[7]

C’est l’amour de l’argent ou des richesses – autrement dit, une mauvaise relation aux richesses matérielles – qui est délétère spirituellement. Jésus faisait remarquer que lorsqu’une personne aime mammon – un terme que certaines versions de la Bible traduisent par l’argent ou les richesses – cela affecte négativement sa relation avec Dieu. Il en résulte une rivalité avec Dieu.

Aucun serviteur ne peut être en même temps au service de deux maîtres. En effet, ou bien il détestera l’un et aimera l’autre ; ou bien il sera dévoué au premier et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir en même temps Dieu et l’argent.[8]

Jésus ne disait pas que la richesse ou l’argent sont mauvais, mais Il nous avertissait que si les richesses nous tiennent trop à cœur ou si nous les aimons, si elles ont trop d’importance dans notre vie, au point que nous plaçons notre confiance et notre espoir en elles, si nous dépendons d’elles pour notre sécurité et notre sauvegarde, cela revient à leur donner la place qui revient à Dieu. Dieu doit occuper la place principale dans notre vie, et on nous enjoint de placer notre confiance et notre espérance en Lui, pour notre sécurité et notre protection. Lorsqu’on aime l’argent et les choses matérielles, et qu’on s’appuie sur eux, ils supplantent Dieu dans notre cœur, et c’est cela que Jésus appelle servir mammon.

Il ne faut pas confondre avoir de l’argent, ou travailler pour gagner de quoi vivre, afin de subvenir aux besoins de sa famille et pour améliorer sa situation économique, avec servir mammon. L’apôtre Paul a dit clairement qu’il était indispensable que chacun subvienne aux besoins de sa famille. Si quelqu’un ne s’occupe pas de sa famille, surtout de ses parents les plus proches, il a rejeté la foi, il est plus mauvais qu’un incroyant.[9] Jésus ne condamnait pas l’argent ni l’usage légitime de l’argent. Il parlait du danger qui guette les gens lorsqu’ils donnent trop d’importance à l’argent et aux richesses matérielles, surtout s’ils leur font confiance au point qu’ils prennent la place de Dieu dans leur vie, et que leur amour de l’argent supplante leur relation avec Dieu.

D’aucuns penseront peut-être que le fait de dire que l’argent n’est pas mauvais en soi encourage la thèse selon laquelle tous les chrétiens devraient vivre dans l’aisance, mais c’est une idée qui n’est pas corroborée dans les Écritures. Pour autant, il est tout aussi incorrect de dire que l’argent ou la richesse sont quelque chose de mauvais en soi. Ce qui rend les richesses bonnes ou mauvaises, c’est l’attitude et la disposition du cœur de la personne qui les possède. Comme le disait pertinemment Robert E. Speer (1867–1947), un auteur considéré comme une autorité en matière de missions : « Nous ne pouvons pas servir en même temps Dieu et mammon, mais nous pouvons nous servir de mammon pour servir Dieu. » Beaucoup d’hommes et de femmes de Dieu, qui étaient riches, ont mis leurs richesses au service de Dieu en finançant des missions, des missionnaires, ou en créant des entreprises, et donc des emplois, permettant  ainsi à des gens pauvres de gagner leur vie, et de bien d’autres façons.

Dangereuses richesses, et vrais trésors

S’il est vrai que les richesses ne sont pas mauvaises en soi, la Bible indique clairement que la possession de richesses constitue un défi spirituel et qu’elle est potentiellement dangereuse. Dans les Psaumes, nous pouvons lire l’avertissement suivant: Si votre richesse augmente, que votre cœur ne s’y attache pas ![10]

Et les Proverbes aussi nous mettent en garde : 

Ceux qui se confient dans leurs richesses tomberont.[11]Jésus a bien exprimé la difficulté à laquelle les riches sont confrontés lorsqu’Il disait : « Est–ce qu’un chameau peut passer facilement par le trou d’une aiguille ? Eh bien, c’est encore plus difficile pour quelqu’un de riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ! »[12]  

Il expliquait que nous ne devrions pas nous amasser un trésor matériel ici-bas mais plutôt au ciel, et Il insistait sur ce point en montrant que là où est notre cœur, là se trouve aussi notre trésor.[13]

Tout au long du Nouveau Testament, nous lisons d’autres mises en garde sur le danger d’avoir un mauvais rapport aux richesses. Dans l’Épître aux Hébreux, nous lisons : Ne soyez pas attachés à l’argent, soyez contents de ce que vous avez. En effet, Dieu Lui–même a dit : «Non, Je ne te laisserai pas, Je ne t’abandonnerai pas. »[14] Paul disait qu’un dirigeant de l’église ne devrait pas être attaché à l’argent[15] et recommandait à ceux qui possèdent des richesses en ce monde de se garder de toute arrogance et de ne pas fonder leur espoir sur la richesse, car elle est instable. Qu’ils placent leur espérance en Dieu, qui nous dispense généreusement toutes ses richesses pour que nous en jouissions.[16]

L’argent et nos possessions matérielles ne sont pas nos vraies richesses; nos vraies richesses, ce sont le royaume de Dieu, son amour, notre relation avec Lui, notre salut, les soins qu’Il nous prodigue, sa sollicitude, et les récompenses qui nous attendent. Le fait de comprendre ce principe nous permet de ramener nos finances et leur usage à leur véritable dimension.

La compréhension des principes de propriété (c’est-à-dire que Dieu possède tout) et de bonne intendance (et que nous devons faire usage de ce que Dieu nous a donné d’une manière qui soit conforme à sa volonté et à sa Parole), et la nécessité d’établir une relation saine à l’argent et aux possessions matérielles, tout cela nous aide à adapter notre attitude et notre comportement vis-à-vis de ces choses, tant tangibles qu’intangibles, sur lesquelles nous avons un certain contrôle. L’argent et les possessions matérielles sont des choses tangibles, et c’est nous qui décidons quel usage nous voulons en faire. Le temps est intangible, mais nous pouvons quand même décider comment nous allons l’employer. Une fois que nous avons compris que notre vie, nos possessions et notre temps appartiennent tous à Dieu, nous sommes plus aptes à prendre des décisions judicieuses sur l’usage que nous faisons des choses dont Il nous a confié la gestion, et à avoir un rapport sain et approprié à ces choses.

Un certain nombre de disciplines spirituelles peuvent être classées sous l’appellation de bonne intendance, étant donné qu’elles ont un rapport direct avec l’usage que nous faisons de nos possessions matérielles ou avec la façon dont nous employons notre temps. Il s’agit de la simplicité, des dons et de la dîme, et de l’utilisation du temps, autant de sujets qui seront abordés dans cet article et dans d’autres que nous publierons ultérieurement.

La simplicité, une discipline spirituelle

L’une des disciplines qui tombe dans la catégorie de la bonne intendance est la discipline spirituelle de la simplicité. La simplicité consiste à s’abstenir de faire usage de l’argent ou des biens matériels dont on nous a confié la gestion pour satisfaire notre désir ou notre appétit de statut social, de prestige ou de luxe. Cela veut dire que nous utilisons les ressources financières dont nous disposons pour des choses qui en valent la peine et que nous faisons preuve de retenue dans la façon dont nous dépensons notre argent.[17]C’est se montrer raisonnable et avisé dans nos dépenses, et c’est faire attention à la façon dont nous utilisons les fonds qui nous ont été confiés. C’est faire preuve de modération pour nos dépenses personnelles, tout en étant généreux envers les autres et en les aidant de bon cœur.

Pour avoir davantage de simplicité dans votre vie, voici ce que vous pourriez envisager de faire :[18]

  1. Achetez les choses pour leur utilité plutôt que pour le statut qui découle de leur possession. Évitez de faire vos achats en prenant comme critère les dernières tendances ou ce qui impressionnera les autres ; achetez en vous basant sur vos besoins. Ne cherchez pas à tout prix à impressionner les autres et ne soyez pas obnubilés par votre image personnelle.
  2. Simplifiez-vous la vie en prenant l’habitude de vous débarrasser des choses que vous n’utilisez plus ou dont vous n’avez plus besoin. La plupart d’entre nous conservent des choses dont nous ne nous sommes pas servis depuis longtemps, et qui pourraient profiter à quelqu’un d’autre. Essayez de les donner et cela vous épargnera d’avoir à les ranger. Si vous êtes devenus trop attachés à certaines de vos possessions, envisagez de les donner à quelqu’un qui en aurait besoin.
  3. Faites attention de ne pas succomber aux campagnes de publicité ou de vous conformer aux tendances sociétales. L’objectif du marketing est de vous convaincre de vous débarrasser de votre article courant, qui satisfait amplement vos besoins actuels, et d’acheter le dernier modèle, plus performant, plus beau, plus rapide. Vous pouvez faire l’effort délibéré de ne pas tomber dans le piège et vous servir de ce que vous avez tant que vous n’avez pas besoin de le remplacer.
  4. Évitez d’acheter des choses dont vous n’avez pas besoin. Apprenez à vous passer d’articles  qui ne sont pas essentiels plutôt que de vous endetter pour les acheter.
  5. Apprenez à utiliser et à profiter de choses ou de services qui ne vous appartiennent pas. Allez à la bibliothèque, utilisez les transports publics, allez à la plage ou dans un parc public. Il ne faut pas croire que pour pouvoir profiter de quelque chose, il faut absolument en être le propriétaire.
  6. Minimisez ou renoncez aux choses ou aux activités qui produisent une accoutumance dans votre vie. Suivant les personnes, il peut s’agir d’une consommation excessive d’aliments ou de boissons (malbouffe, alcool, boissons gazeuses, café ou thé) ou d’un usage immodéré de la technologie, ou d’appareils de communication ou de divertissement mobiles. Si vous vous apercevez que vous avez un rapport récurrent ou compulsif à certaines choses ou activités, au point que vous ne parvenez pas à limiter leur usage, arrêtez de le faire ou de vous en servir, fixez-vous des limites, ou abstenez-vous de vous en servir pendant un temps.
  7. Faites attention de ne pas laisser vos responsabilités envers votre famille, ou vos activités légitimes, comme votre occupation professionnelle, vos affaires, vos investissements, voire vos amis, devenir le centre de votre attention, au détriment de votre relation avec Dieu et son royaume.

Cette liste ne constitue en aucun cas un catalogue de règles auxquelles vous êtes tenus d’adhérer, mais ce sont plutôt des mises en garde et des conseils pratiques sur la façon de minimiser ou de supprimer des choses qui pourraient s’avérer être une distraction ou une entrave à votre relation avec Dieu, et qui pourraient rivaliser avec Lui pour occuper la première place dans votre cœur.

La simplicité, comme discipline spirituelle, peut être comprise comme un outil qui nous permet de nous libérer des attaches inutiles aux choses de ce monde, un moyen d’orienter toute votre pensée et toute votre affection vers ces biens célestes ; ne vous attachez pas aux choses de cette terre.[19]Jésus nous disait que là où se trouve notre trésor, là aussi sera notre cœur; par conséquent, il  convient d’examiner attentivement où se trouve notre véritable trésor. Notre relation aux possessions matérielles doit être saine et nous devrions reconnaître les dommages qui risquent de survenir lorsque cette relation est faussée. La simplicité peut diminuer l’importance que nous accordons à notre personne et aux choses que nous possédons, et elle peut nous aider à fixer notre attention sur notre vrai trésor, notre Dieu qui nous aime et nous a donné les biens les plus précieux que nous puissions posséder, à savoir son amour et le salut.

Nous examinerons d’autres aspects de la discipline de bonne intendance dans des articles ultérieurs.


[1] Psaume 24:1 PDV.

[2] Exode 19:5 BFC.

[3] Job 41:11 SEM.

[4] Aggée 2:8 BFC.

[5] Donald S. Whitney, Disciplines Spirituelles pour la Vie Chrétienne (Colorado Springs: Navpress, 1991), 140–41.

[6] SEM

[7] 1 Timothée 6:9–10 SEM.

[8] Luc 16:13 SEM.

[9] 1 Timothée 5:8 PDV.

[10] Psaume 62:10 PDV.

[11] Proverbes 11:28 SEM .

[12] Luc 18:25 PDV.

[13] Matthieu 6:19–21.

[14] Hébreux 13:5 PDV.

[15] … qu’il ne soit ni buveur ni violent, mais doux et pacifique ; qu’il ne soit pas attaché à l’argent. (1 Timothée 3:3 BFC)

[16] 1 Timothée 6:17 SEM.

[17] Dallas Willard, L’esprit des disciplines (New York: HarperOne, 1988), 168.

[18] Comme l’enseigne Richard J. Foster, in Célébration de la discipline (New York: HarperOne, 1998), 90–95.

[19] Colossiens 3:2.