Les Disciplines Spirituelles : Solitude et silence

mai 23, 2014

par Peter Amsterdam

[The Spiritual Disciplines : Solitude and Silence]

En tant que chrétiens, nous aspirons à nous rapprocher du Seigneur, à vivre en harmonie avec sa volonté et ses attributs, et à être une bénédiction pour les autres. Les disciplines spirituelles nous aident à atteindre cet objectif global. Les disciplines spirituelles de la solitude et du silence peuvent être particulièrement utiles, du fait qu’elles nous permettent de focaliser notre attention sur le Seigneur, sans être dérangés par les nombreuses distractions qui encombrent notre vie.

La discipline de la solitude désigne la pratique qui consiste à s’isoler en privé, volontairement et temporairement, pour s’éloigner de ses activités habituelles et échapper aux distractions afin de pouvoir passer du temps en privé avec Dieu. Pratiquer la discipline du silence consiste à s’abstenir de parler pendant un certain laps de temps, et peut également inclure de s’isoler des bruits et des voix extérieures, par exemple en faisant une retraite ou en se retirant dans un lieu distinct de celui de vos activités quotidiennes.

On pourrait en quelque sorte assimiler ces deux disciplines à un jeûne de communication et d’interaction avec les autres personnes, afin de pouvoir communiquer et interagir avec Dieu. Il s’agit de se mettre en retrait et de se soustraire pendant un certain temps, plus ou moins long, à l’influence de nos circonstances habituelles –  de nous libérer des distractions, pour nous concentrer plus facilement sur le Seigneur et sur ce qu’Il pourrait vouloir nous dire, afin de nous ressourcer et de nous affermir spirituellement.

Jésus s’est retiré dans le silence et la solitude

Tout au long des Évangiles, nous lisons que Jésus s’isolait de ceux auprès desquels Il exerçait son ministère, et parfois même de ses plus proches amis et disciples, pour passer du temps seul, dans la prière et la communion avec son Père. Avant de commencer son ministère, nous Le voyons être guidé par le Saint-Esprit et s’isoler pendant quarante jours, pour se consacrer au jeûne et à la prière.[1] Avant qu’Il décide lesquels de ses disciples Il allait choisir pour faire partie de ses douze apôtres, on nous dit que Vers cette même époque, Jésus se retira sur une colline pour prier. Il passa toute la nuit à prier Dieu. À l’aube, Il appela ses disciples auprès de Lui et choisit douze d’entre eux, qu’Il nomma apôtres.[2] Quand Il apprit la nouvelle de la mort de Jean le Baptiste, Jésus quitta la contrée en barque et se retira, à l’écart, dans un endroit désert.[3] Lorsque les foules affluaient pour L’entendre et se faire guérir de leurs maladies, Jésus se retirait dans des endroits isolés pour prier.[4] Après avoir nourri miraculeusement cinq mille personnes, Il envoya ses disciples de l’autre côté du lac, et après avoir renvoyé la foule, Il monta sur une colline pour prier. Quand le soir fut venu, Il se tenait là, seul.[5]

Il n’était pas rare que Jésus se mette l’écart de ses proches pour pouvoir s’isoler avec Dieu. Même quand Il était très occupé, très demandé, et qu’Il était en train de faire de grandes choses, Il se faisait un devoir de s’isoler de tout le monde pour passer du temps seul avec son Père.

Le soir, après le coucher du soleil, on Lui amena tous les malades et tous ceux qui étaient sous l’emprise de démons. La ville entière se pressait devant la porte de la maison. Il guérit beaucoup de personnes atteintes de diverses maladies. Il chassa aussi beaucoup de démons. Le lendemain, bien avant l’aube, en pleine nuit, Il se leva et sortit. Il alla dans un lieu désert pour y prier.[6]

Le fait de se ménager des moments de solitude pour communier avec le Seigneur nous offre la possibilité de prier et d’écouter sa voix, sans être gêné par les distractions. La solitude nous met en situation de nous focaliser et de nous connecter intimement avec le Seigneur, sachant que nous ne serons pas interrompus par les autres, surtout si nous ajoutons le silence à l’équation, en nous déconnectant de tous les appareils de communication, téléphones, ordinateurs, et autres… Il va de soi qu’il n’est pas toujours nécessaire de s’isoler du bruit ambiant et des conversations pour entendre la voix du Seigneur, étant donné qu’Il peut nous parler dans n’importe quelle situation ; mais il y a des moments où il est préférable et bénéfique de s’isoler dans le calme et la tranquillité pour Le rechercher et L’écouter.

Surcharge de stimuli

Il y a environ un an et demi, quelqu’un a pénétré par effraction dans ma voiture et m’a volé ma stéréo, et je n’étais pas très content. Même si je ne prends pas souvent le volant, j’aimais bien écouter de la musique en conduisant. Comme je ne pouvais plus écouter de musique, j’ai commencé à apprécier d’être en quelque sorte déconnecté, et je me suis retrouvé à employer mon temps au volant à la prière et à la louange. Je me suis mis à observer la nature, les arbres, les fleurs, les paysages, et à remercier Dieu pour leur beauté. Je me suis surpris à converser avec le Seigneur à propos de mes courses ou de mes plans pour la journée. Je n’ai pas encore remplacé ma stéréo parce que je me suis rendu compte que le fait d’être seul, sans être distrait par la radio ou la musique, m’a permis de passer un peu plus de temps en présence du Seigneur.

Si le fait d’écouter de la musique ou de regarder la télévision n’est pas une activité mauvaise en soi, il serait quand même prudent de vérifier combien de temps nous y passons et dans quelles circonstances nous nous y adonnons. Est-ce que nous allumons la radio ou la télé uniquement pour avoir un bruit de fond ? Sommes-nous « accros » au bruit, ou bien avons-nous peur du silence ou sommes-nous mal à l’aise dans le silence ? Et que dire des stimuli intellectuels ou sensoriels constants ? En sommes-nous devenus à ce point dépendants ? Est-ce que nous sommes sans arrêt en train de vérifier le contenu de notre boîte email, notre compte Twitter ou notre page Facebook ; ou bien en train d’envoyer des sms ; de lire ou de regarder les nouvelles plusieurs fois par jour ? S’il est vrai que chacun de ces moyens de communications et de ces sources d’information ont un côté bénéfique, il est important de se rendre compte qu’un excès de « connectivité » peut nous distraire au point de nous empêcher de communier avec nos propres pensées et d’écouter la voix de notre Créateur.

Allouer et prévoir du temps

Comme c’est le cas pour beaucoup d’autres choses dans la vie, si vous voulez passer du temps dans la solitude et le silence,  vous allez devoir le planifier dans votre emploi du temps. Pour commencer, il faut programmer du temps pour lire la Parole de Dieu, et pour la prière et la communion avec le Seigneur. En plus de cela, il peut être bénéfique de vous ménager des moments dans la journée, où vous fermez la porte au tumulte et à la cohue de la vie quotidienne pour donner toute votre attention au Seigneur. Vous pourriez considérer ces petits moments de silence comme des « micro-retraites » d’une minute ou deux.

Mais quand c’est possible, vous aurez tout à gagner de passer plus de temps dans la solitude et le silence. Par exemple, vous pourriez bloquer quelques heures d’un week-end pour être seul avec le Seigneur, à lire la Bible ou un livre de dévotions qui vous aidera à mieux connaître le Seigneur et à Lui accorder toute votre attention. Vous pourriez employer ce temps à l’étude de la Bible, ou à la prière et à la méditation. Vous avez peut-être besoin de réfléchir et de prier à propos de certaines décisions ou de situations personnelles, ou bien vous aurez peut-être simplement envie de prendre le temps d’ouvrir votre cœur au Seigneur et d’écouter ce qu’Il pourrait avoir à vous dire.

Vous pourriez envisager de prendre une partie de votre journée, ou bien une journée entière, voire un week-end ou même plus longtemps, si vous le pouvez. Ce n’est probablement pas évident quand on a des responsabilités, comme des enfants dont il faut s’occuper. Peut-être qu’en planifiant bien, vous arriverez à vous libérer de temps en temps. Certaines personnes s’arrangent pour échanger leurs responsabilités avec d’autres. Peut-être que votre époux ou votre épouse peut vous remplacer pendant quelques heures pour vous permettre de passer du temps avec le Seigneur. Peut-être pouvez-vous faire un arrangement avec un ami ou une amie pour qu’ils s’occupent de vos enfants pendant une après-midi, à charge de revanche.

Lorsque vous décidez de pratiquer la solitude et le silence, cela affecte votre entourage – et en particulier vos proches. Lorsque vous vous isolez, ils sont automatiquement impliqués ; en effet, lorsque vous n’êtes pas là, votre absence se fait sentir. Il est important de comprendre que cela peut être difficile pour eux et de respecter leur sentiment. Vous devriez essayer de vous arranger pour que cette expérience soit le plus agréable possible pour vos proches, et faire votre possible pour qu’ils comprennent le pourquoi et le comment de la chose, et pour qu’ils soient assurés que vous les aimez et que vous appréciez leur compagnie.[7]

Quand vous avez l’occasion de prendre un moment de solitude prolongé, vous devriez essayer de prévoir ce que vous allez faire de tout ce temps. Vous voudrez sans doute consacrer un certain temps à lire, à vous promener dans la nature, à prier et écouter le Seigneur. Si vous prévoyez d’avoir une longue période de solitude, vous voudrez peut-être passer un peu de temps à vous reposer et à dormir.

Même si vous n’êtes pas en mesure de vous retirer pendant un long moment, peut-être trouverez-vous un endroit où vous pourrez vous retirer occasionnellement, pendant de courtes périodes. Il y a peut-être, dans les environs, un parc facilement accessible à pied ou en voiture, ou bien vous avez peut-être une chambre inoccupée, un endroit tranquille dans votre garage ou votre grenier, ou même un coin de jardin où vous pouvez vous isoler. Ce qui importe, ce n’est pas tellement l’endroit où vous vous isolez ou le temps que vous y passez; l’essentiel, c’est que vous preniez ce temps et que vous fassiez l’effort de vous isoler. Disposez-vous d’un endroit approprié pour vous isoler ? Sinon, vous pourrez probablement en trouver un, même si cela demande un petit effort de votre part.

Davantage de réflexions sur le silence

La solitude et le silence vont naturellement de pair. Un auteur a écrit : C’est par le silence que la solitude devient réalité.[8] Quand vous êtes séparé physiquement des gens, il est peu probable que vous leur parliez. Le fait de s’astreindre au silence pendant une période de temps prolongée, lorsque nous pratiquons la solitude, peut aussi nous aider à contrôler les paroles qui sortent de notre bouche. Apprendre à contrôler sa langue est une vertu que chaque chrétien devrait cultiver.

Dallas Willard a écrit:

Dans son épitre, Jacques nous dit que ceux qui sont incapables de tenir leur langue en bride s’illusionnent eux-mêmes, et que leur religion ne vaut rien. (Jacques 1:26) Il ajoute que ceux qui ne commettent jamais de faute dans leurs paroles sont parfaits et capables de maîtriser tout leur corps. (Jacques 3:2.) S’efforcer de ne pas parler peut au moins nous donner suffisamment de contrôle sur ce que nous disons, de sorte que notre langue ne se met pas automatiquement « en marche ». Cette discipline nous permet de prendre du recul, ce qui nous donne le temps de bien réfléchir à nos paroles et la présence d’esprit de contrôler ce que nous disons et le moment où nous le disons.[9]

La Bible nous dit qu’il y a un temps pour garder le silence et un temps pour parler.[10] Le livre des Proverbes nous demande expressément de ne pas parler plus qu’il n’est nécessaire.

Celui qui parle beaucoup ne saurait éviter de pécher, mais l’homme avisé met un frein à ses lèvres.[11]

Les paroles des sages assurent leur protection.[12]

Celui qui surveille tout ce qui sort de sa bouche s’évite bien des tourments.[13]

Le simple fait de moins parler et de faire plus attention à ce que nous disons peut nous aider à contrôler ce qui sort de notre bouche et nous éviter de « dire n’importe quoi » ou de parler sans réfléchir. Cela nous permet de réfléchir pour décider si ce que nous allons dire vaut vraiment la peine d’être dit. Quand on parle moins, cela nous permet de mieux écouter et de faire plus attention à ce que disent les autres. Cela nous permet d’avoir plus de considération pour les autres et leurs besoins.

Nous sommes tous différents les uns des autres ; certains d’entre nous sont naturellement plus silencieux et d’autres sont plus « bavards ». Nous pouvons tous apprendre à moins parler et à écouter plus, mais il est vrai que certains d’entre nous ont besoin de pratiquer cette discipline plus que d’autres. On peut y arriver, par exemple, en s’abstenant de commenter ou de donner notre opinion quand d’autres personnes parlent, et en écoutant plus attentivement ce que disent les autres. Nous pouvons aussi éviter ou reporter des conversations ou des coups de téléphone pour pouvoir « jeûner » et s’abstenir de parler inutilement.

Pour beaucoup de gens, la seule pensée d’être seul et/ou de ne pas parler avec les autres, et/ou de ne pas être connecté en ligne, est une perspective effrayante, surtout si c’est pour une période prolongée. Toutefois, s’il est vrai qu’en pratiquant le silence et la solitude, nous nous séparons temporairement des autres, nous ne sommes pas séparés du Seigneur d’amour. L’objectif de ces disciplines est de nous amener à une plus grande intimité avec Dieu et à plus de profondeur dans notre communication avec Lui. Ces disciplines nous éloignent des rapports habituels que nous avons avec les autres et nous aident à nous focaliser sur notre relation et notre communion avec Dieu.

C’est un sacrifice et un engagement personnels de se mettre à l’écart pendant un moment de communion avec le Seigneur, mais les bienfaits que vous retirerez de Lui avoir consacré toute votre attention en valent largement la peine. Ce n’est sans doute pas facile de vous ménager des moments de solitude, surtout pour des périodes relativement longues, et à plus forte raison si vous avez des enfants en bas âge, mais cela vaut la peine de s’accorder des « mini-retraites d’une minute ». Je vous encourage à pratiquer les disciplines de la solitude et du silence dans votre vie chaque fois que c’est possible.


[1] Alors l’Esprit Saint conduisit Jésus dans le désert pour qu’Il y soit tenté par le diable. Après avoir jeûné pendant quarante jours et quarante nuits, Il eut faim.(Matthieu 4:1–2 SEM).

[2] Luc 6:12–13 SEM.

[3] Matthieu 14:13 SEM.

[4] Luc 5:13–16 SEM.

[5] Matthieu 14:23 BFC.

[6] Marc 1:32–35 SEM.

[7] Dallas Willard, L’Esprit des Disciplines (New York: HarperOne, 1988), 161.

[8] Henri Nouwen, “Le silence, une cellule portable” (Immigrés 9, juillet 1980), 22, cité par Willard, in L’Esprit des disciplines, 10.

[9] Willard, Les disciplines, 164.

[10] Ecclésiaste 3:7 SEM.

[11] Proverbes 10:19 SEM.

[12] Proverbes 13:3 BFC.

[13] Proverbes 21:23 BFC.